Des militaires très exposés

L’ouïe est un sens essentiel pour les militaires qui doivent être en pleine possession de leurs capacités pour mener à bien leur mission et assurer leur sécurité sur les théâtres d’opérations extérieures. Mais ce sens est soumis à rude épreuve, tant sur le terrain qu’à l’entraînement, en raison des traumatismes sonores subis.

Des militaires très exposés

A l’origine des troubles auditifs des militaires…

Les troubles auditifs des militaires sont le plus souvent dus à des traumatismes sonores liés à une exposition à des bruits intenses : détonation d’armes légères, canonnades, stand de tir, explosion de grenades, de mines ou de bombes, onde de choc. A titre d’exemple, la détonation d'un fusil d'assaut atteint 160 décibels dans l'oreille du tireur alors que le bruit d'une tronçonneuse atteint un niveau sonore de 105 décibels.

Mais comme pour l’ensemble de la population, ces troubles de l’audition peuvent également avoir pour origine :

  • un traumatisme crânien à la suite d’une chute ;
  • un traitement avec des médicaments dits ototoxiques, c’està-dire qui peuvent léser les structures de l'oreille interne ou du nerf auditif (exemple : les traitements contre le paludisme) ;
  • une malnutrition aiguë dans l’enfance, susceptible de causer un retard de croissance, d’empêcher le développement normal de l’audition et d’entraîner une déficience auditive à l’âge adulte (selon une étude menée par des chercheurs de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, à Baltimore, aux ÉtatsUnis, sur des jeunes adultes népalais3 ;
  • une lésion de la membrane tympanique à la suite d’une déflagration proche ;
  • le stress, facteur aggravant des acouphènes.

 

 

Des jeunes militaires également exposés

Contrairement aux idées reçues, les pertes auditives ne surviennent pas uniquement chez les militaires les plus âgés. Les jeunes militaires peu expérimentés sont également exposés à ce risque en raison des événements sonores intenses auxquels leur ouïe est soumise dès le début de leur entraînement (pratique et maniement des armes à feu notamment).

 

 

Le traumatisme sonore aigu (TSA), un trouble fréquent au sein de l’armée

« Les traumatismes sonores aigus (TSA) sont des altérations auditives provoquées par une pression acoustique excessive, le plus souvent de caractère impulsif, cette exposition étant unique et non habituelle. »4

Selon une étude menée auprès des militaires de différentes unités de l’armée de terre, un militaire sur six déclare avoir déjà été victime d’un TSA et un sur trois avoir déjà présenté des acouphènes aigus après un tir malgré le port des protections auditives5.

Au-delà de la gêne immédiate intense, le traumatisme sonore s’accompagne de trois symptômes plus ou moins marqués :

  • une douleur ressentie sur une oreille ou sur les deux (otalgie) ;
  • des acouphènes aigus perçus au niveau d’une ou des deux oreilles, voire dans toute la tête ;
  • une baisse brutale de l’audition, plus ou moins importante, avec une impression d’oreille bouchée ou une gêne à l’audition dans le bruit.

Les conséquences de ces traumatismes sonores peuvent être lourdes :

  • au plan humain : acouphènes temporaires ou permanents ayant un retentissement majeur sur la qualité de vie de la personne atteinte (insomnie, stress, fatigue, état dépressif…), voire dans les atteintes les plus sévères, survenue d’une surdité irréversible ;
  • au plan opérationnel : inaptitude au combat.

 

 
3 - https://academic.oup.com/ajcn/article/107/2/268/4840587
4 - Source : INSERM - Les effets des nuisances sonores sur l’oreille interne - Didier Bouccara, Évelyne Ferrary et Olivier Sterkers : http://ipubli-inserm.inist.fr/bitstream/handle/10608/5907/MS_2006_11_979.html
5 - Prévention des traumatismes sonores aigus à l’unité : résultats d’une enquête menée en 2007 auprès de 1 315 militaires en activité dans l’armée de Terre. F. Casanova, N. Saroulb, J.-B. Nottetc.