Une prise en charge souvent tardive et lourde de conséquences

Une prise en charge souvent tardive et lourde de conséquences

En matière de risque cardio-vasculaire, l’égalité des sexes n’existe pas. Une série d’injustices rend en effet les femmes plus vulnérables que les hommes. Le caractère atypique de leurs symptômes complique le dépistage. Ce retard de diagnostic entraîne une prise en charge médicale plus tardive et donc des conséquences plus lourdes.

Des symptômes spécifiques parfois difficiles à identifier

Des plaques de graisse (athérome) peuvent se former sur la paroi des artères. Lorsqu’elles deviennent trop importantes, elles peuvent migrer et former un caillot de sang qui obstrue les artères coronaires ou cérébrales, empêchant l’alimentation du cœur ou du cerveau. Quand cet accident survient au niveau du cœur, on parle d’infarctus du myocarde. Lorsqu’il survient au niveau du cerveau, il s’agit d’un accident vasculaire cérébral ou AVC. Si certains signes bien connus sont symptomatiques de ces pathologies chez les hommes, il arrive fréquemment que les signes ressentis par les femmes soient moins marqués et donc plus souvent négligés.

  • Infarctus du myocarde : bien connue, la douleur dans le thorax, qui irradie dans le bras gauche et jusqu'à la mâchoire, est typique de l’infarctus chez l’homme. Mais chez la femme, les signes avant-coureurs de cette pathologie peuvent être différents et être assimilés, à tort, à des manifestations liées au stress, à la fatigue ou à des problèmes digestifs : douleurs dans la poitrine ou dans l'épaule, palpitations lors d'un effort, essoufflement, fatigue persistante, nausées, vomissements, douleurs dans l’estomac… Selon la Fédération française de cardiologie (FFC), près de 2/3 des femmes décédées des suites d’un infarctus n‘avaient pas ressenti de symptômes classiques de la maladie.
  • Accident Vasculaire Cérébral : les signes les plus symptomatiques de ce type d’accident cérébral (faiblesse musculaire d'un bras ou d'une jambe, le plus souvent du même côté, engourdissement du visage, difficulté à sourire ou à ouvrir la bouche, troubles du langage ou de l’expression, troubles visuels, maux de tête importants) ne sont pas toujours ressentis par les femmes. Ces dernières perçoivent plus souvent que les hommes des symptômes atypiques comme la perte d’équilibre, des étourdissements, des palpitations, des nausées, un souffle court…

Parce que les signes avant-coureurs d’une pathologie cardio-vasculaire peuvent être atypiques, les femmes ne jugent pas toujours nécessaire d’appeler les urgences ou les appellent trop tard.Mais il arrive également que ce soit le corps médical qui sous-estime le risque cardio-vasculaire chez les femmes en raison de la persistance de certaines croyances erronées (les femmes sont protégées par leurs hormones) ou du fait que « les médecins sont moins alertés par la symptomatologie douloureuse thoracique chez la femme et ont plus souvent tendance à conclure à une cause non cardiaque », comme l’indique le professeur Claire Mounier-Vehier1.

Une inégalité de traitement et de suivi médical

Selon la Fédération française de cardiologie (FFC2), en cas de présomption d’infarctus, l’entourage des femmes met en moyenne une heure de plus que celui d’un homme avant d’appeler les secours. Aux urgences, la prise en charge par un cardiologue survient également en moyenne une heure plus tard chez les femmes. Ce cumul de retard est parfois lourd de conséquences. La mortalité hospitalière après infarctus est ainsi plus grave chez la femme4 que chez l’homme. Mais cette inégalité de traitement n’est pas uniquement liée à une question de temps. Les traitements au long cours sont globalement moins souvent prescrits chez les femmes, notamment après un infarctus du myocarde, alors qu’ils sont indiqués quel que soit le sexe. De même, une enquête des Centers for Disease Control (CDC )5 a mis en évidence le fait que les femmes étaient moins souvent bénéficiaires que les hommes des conseils d’hygiène indispensables au suivi de leur pathologie. Après un événement coronaire, les femmes sont également moins nombreuses que les hommes à participer à un programme de réadaptation cardio-vasculaire, pourtant indispensable pour prévenir le risque de récidive et améliorer la qualité de vie après l’accident cardio-vasculaire. De nombreuses raisons sont invoquées, notamment le manque de temps ou d’énergie pour des femmes déjà très sollicitées à l’intérieur de la sphère domestique.

 

1 - Dossier de presse de la Fédération française de cardiologie (FFC) : "La santé du cœur des femmes : une urgence !".
4 - Source Livre Blanc de la FFC " Etats généraux - vers un plan cœur".
5 - Agence gouvernementale américaine chargée de la prévention, de l'étude et du suivi des maladies.