Pourquoi les femmes sont-elles plus vulnérables ?

Pourquoi les femmes sont-elles plus vulnérables ?

Cette vulnérabilité féminine s’explique d’abord par certaines spécificités au plan anatomique : les artères des femmes sont plus étroites, se bouchent plus facilement et ont davantage tendance à subir des spasmes (contractions spontanées de l’artère), ce qui a un impact négatif sur le débit de sang que reçoit le cœur.

 

Mais elle est également liée au fait que certains facteurs de risque s’avèrent plus dangereux chez la femme que chez l’homme :

  • - l’âge et l’hérédité : avec l’âge et notamment après la ménopause, les artères des femmes, déjà plus étroites que celles des hommes, se rigidifient et s’épaississent, ce qui augmente le risque cardio-vasculaire ;
  • - le tabac : fumer augmente le risque cardio-vasculaire de façon plus importante chez la femme que chez l’homme. Une consommation de 3 à 4 cigarettes par jour multiplie par 3 le risque d’accident cardio-vasculaire chez la femme2 !
  • - le diabète : ce facteur de risque est bien plus important chez la femme que chez l’homme (risque de mortalité cardio-vasculaire multiplié par 3 à 7 chez la femme diabétique en cas de diabète pour 2 à 3 chez l’homme1) ;
  • - le cholestérol : l’augmentation du LDL cholestérol (« mauvais cholestérol ») est plus fréquente chez les femmes de plus de 65 ans. Et un taux trop bas de HDL cholestérol (« bon cholestérol ») est un facteur de risque cardio-vasculaire plus important chez les femmes ;
  • - le surpoids et l’obésité : ils ont particulièrement progressé chez les femmes jeunes (18/25 ans) au cours des 10 dernières années selon l’enquête ObEpi 2012. Plus qu’un indice de masse corporelle (IMC) élevé, c’est un tour de taille important (lié à la présence de graisse au niveau de l’abdomen) qui semble être associé à un risque cardio-vasculaire accru chez la femme. Les femmes doivent en particulier être vigilantes à partir de 88 cm de tour de taille. Ce « syndrome du gros ventre » est en effet responsable de 20 % des infarctus du myocarde1 ;
  • - l’hypertension : elle concerne une femme sur deux après l’âge de 45 ans1 et sa prévalence augmente considérablement avec l’âge, surtout chez la femme ménopausée. Ce facteur de risque est responsable de 29 % des infarctus chez les femmes contre 15 % chez les hommes3 ;
  • - la sédentarité : elle constitue un facteur de risque très répandu chez les femmes et serait en cause dans 12,2 % des infarctus3 ;
  • - les facteurs psychologiques (stress, anxiété, dépression) : ils augmentent la vulnérabilité des femmes au plan cardio-vasculaire (impact plus délétère sur la prise de poids et la consommation de tabac). Le stress est ainsi responsable d'1 infarctus sur 31. Le stress quotidien met notamment le cœur à rude épreuve en augmentant le rythme cardiaque, la pression sanguine, le rythme respiratoire et en générant de l’hypertension ;
  • - l’apnée du sommeil : plus fréquente durant la grossesse et à la ménopause, elle augmente le risque cardio-vasculaire sur le long terme (hypertension importante notamment la nuit, AVC, infarctus du myocarde, troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque).

 

Enfin, la vulnérabilité des femmes au plan cardio-vasculaire est plus importante durant trois moments clés de leur vie hormonale :

  • - la contraception : la plupart des pilules classiques à base d’œstrogènes de synthèse favorisent la coagulation du sang et peuvent, par conséquent, augmenter le risque de survenue de certaines maladies des artères et des veines (phlébite, embolie pulmonaire), en cas d’antécédents familiaux notamment. Ce type de contraception est d’autant plus dangereux chez les fumeuses après 35 ans (risque d’infarctus multiplié par 30 en cas d’association au tabac)2.
  • - la grossesse : elle augmente l’activité cardiaque. Si, pour la majorité des femmes, cette adaptation du cœur se fait sans problème, pour certaines, elle peut s’avérer plus difficile. La grossesse peut ainsi révéler une pathologie cardiaque méconnue ou aggraver une pathologie existante.
  • - la ménopause : cette période génère souvent bon nombre de troubles (prise de poids, diabète, augmentation du taux de mauvais cholestérol, trouble dépressif…) pouvant accroître le risque cardio-vasculaire des femmes, d’autant qu’elles ne sont plus protégées par leurs hormones naturelles. De même, les femmes ayant souffert d’hypertension artérielle ou de diabète lorsqu’elles étaient enceintes doivent faire l’objet d’une vigilance particulière au moment de la ménopause en raison d’une plus forte vulnérabilité au plan cardio-vasculaire (risque accru de souffrir d’un accident vasculaire cérébral ou d’un infarctus du myocarde).

 

Un risque accru de tako-tsubo chez les femmes

Découvert au Japon dans les années 90, le tako-tsubo est une maladie du muscle cardiaque liée à un choc émotionnel important. C’est pourquoi on l’appelle également « la maladie du cœur brisé » ou « la maladie du cœur joyeux ». Cette maladie touche essentiellement des femmes ménopausées sans que l’on en connaisse la raison au plan scientifique. En revanche, le mécanisme de développement de cette maladie est aujourd’hui connu : sous l’effet du stress, une contraction temporaire des petits vaisseaux du muscle cardiaque entraîne une diminution de la circulation sanguine, puis la défaillance du cœur dans certains cas. Parmi les symptômes du tako-tsubo, un grand nombre est similaire aux symptômes de la crise cardiaque (essoufflement, douleur à la poitrine, arythmie, baisse de la pression sanguine). Ses conséquences peuvent être très lourdes, voire mortelles.

 

1 - Dossier de presse de la Fédération française de cardiologie (FFC) : "La santé du cœur des femmes : une urgence !".
2 - Brochure cœur, artères, femmes, FFC.
3 - Etude Interheart (publiée dans le Lancet en 2004).