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Santé & Prévoyance

Parole d’expert : le vapotage est-il dangereux ?

À la suite d’une polémique née aux États-Unis sur l’utilisation de la cigarette électronique et à son interdiction dans plusieurs pays, certains consommateurs s’interrogent. Le vapotage présente-t-il des risques ? Réponse du Dr Arvers, médecin militaire addictologue et tabacologue et délégué Unéo.

Pouvez-vous nous éclairer sur les cas de décès aux États-Unis qui seraient liés à la cigarette électronique ?

Philippe Arvers : On a en effet récemment observé une vague d’hospitalisations à la suite de cas de pneumonies lipidiques. Pour mieux en comprendre la cause il faut savoir qu’aux États-Unis, il y a eu des cas de vente de e-liquide contenant du cannabis. Il a été avéré que l’ajout de ce type de produit dans la cigarette électronique pouvait être à l’origine de pneumonies lipidiques1, dans la mesure où la personne inhale une substance toxique non adaptée pour les poumons. À la suite de cela, certains États américains ont pris la décision d’interdire la vente de cigarettes électroniques aromatisées, accusées d’inciter les jeunes à vapoter. Il faut aussi savoir que les industries du tabac aux USA sont fortement impactées par une chute du tabagisme, liée en grande partie au vapotage, ce qui pourrait aussi motiver cette interdiction. On peut alors se demander si cette polémique ne sert pas certains industriels en relançant le tabagisme et indirectement, le recours aux traitements pour arrêter de fumer.

« Il a été avéré qu’aux États-Unis l’ajout de e-liquide contenant du cannabis dans la cigarette électronique pouvait être à l’origine de pneumonies lipidiques. Mais en France, la législation européenne interdit la commercialisation de ce type de produits. »

Dr Philippe Arvers, médecin militaire addictologue et tabacologue, délégué Unéo.

Peut-on imaginer le même phénomène en France ?

P. A. : En France, la législation européenne interdit la commercialisation de ce type de produits. Tous les e-liquides disponibles en magasin sont soumis à la norme de l’Association française de normalisation (AFNOR), un label qui garantit la qualité des produits vendus chez les distributeurs. En revanche, un e-liquide acheté dans la rue ne peut en aucun cas être garanti sans risque. Attention à la confusion néanmoins : la cigarette électronique n’est pas dangereuse en soi, ce sont les produits que l’on met dedans qui peuvent être potentiellement mauvais pour la santé. En France, les fabricants et les importateurs de e-liquides déclarent leur composition auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et des centres antipoison. Roger Genet, directeur général de l’Anses, a d’ailleurs déclaré qu’il n’y avait pas de problème sanitaire en France pour les produits autorisés.

« La cigarette électronique n’est pas dangereuse en soi, ce sont les produits que l’on met dedans qui peuvent être potentiellement dangereux pour la santé. »

Dr Philippe Arvers, médecin militaire addictologue et tabacologue, délégué Unéo.

Que dire aux personnes souhaitant arrêter de fumer du tabac avec l’aide de la cigarette électronique ?

P. A. : La cigarette électronique est un mode de sortie du tabac : c’est une réduction de risque par rapport à la cigarette classique. Une étude récemment parue dans le Lancet2 montre que l’association du patch nicotine et de la cigarette électronique double les chances d’arrêt du tabac. Au moins 700 000 personnes auraient arrêté de fumer grâce à la cigarette électronique depuis 7 ans en France, d’après Santé publique France. De plus, un jeune qui commence par fumer la cigarette électronique a un risque sur six de devenir fumeur un an après, alors que celui qui commence par la cigarette sera fumeur dans un cas sur deux. C’est un moindre mal, mais pas un risque zéro. En 2015, une étude anglaise3 a montré que vapoter représente une réduction du risque de 95 %. Mais il est vrai que nous n’avons pas beaucoup de recul sur les effets à moyen et long terme. On peut s’interroger notamment sur la présence d’arômes artificiels dans les e-liquides, normalement utilisés pour être ingérés, et qui pourraient être potentiellement néfastes pour les alvéoles pulmonaires en cas d’inhalation.

« Le vapotage est un moindre mal, mais pas un risque zéro. »

Dr Philippe ARVERS, médecin militaire addictologue et tabacologue, délégué Unéo.

Notes
(1) Étude américaine sur les récents cas de pneumonies lipidiques liés à la cigarette électronique aux États-Unis
(2) Étude du Lancet sur l’association du patch nicotine et de la cigarette électronique pour l’arrêt du tabac (en anglais)
(3) Étude de l’agence Public Health England sur la baisse de risques liée à la cigarette électronique par rapport au tabac (en anglais)

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