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Forces armées

Quelle place pour l’héroïsme aujourd’hui ?

Quelle valeur l’héroïsme représente-t-il dans la société occidentale au sein de laquelle nous vivons aujourd’hui ? Trois questions à Anne Muxel, sociologue, directrice de recherches au CNRS et à l’IRSEM, qui a notamment conduit une étude sur La fabrique des héros1.

Il y a 19 ans, vous observiez le remplacement des figures héroïques classiques par des héros du quotidien, presque ordinaires. Et aujourd’hui ? Anne Muxel : Le temps des grands récits nationaux et des mythes unificateurs ne reviendra pas. La jeunesse, toujours en quête de références et de repères, se tourne aujourd’hui vers des modèles dépolitisés, désacralisés. Des figures ordinaires prennent ainsi une dimension héroïque par des vertus plus individualisées. Un père ou une grand-mère, par exemple, seront parés de qualités de courage, d’engagement et admirés à l’égal d’une figure politique ou d’un grand scientifique, prototypes des « grands hommes » d’hier.

« La jeunesse, toujours en quête de références et de repères, se tourne aujourd’hui vers des modèles dépolitisés, désacralisés. »

Anne Muxel, sociologue, directrice de recherches au CNRS et du département défense et société à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM).

Fractures sociale, démographique, numérique, géographique ou religieuse… Y a-t-il encore des héros communs à tous ?

A.M. : Les héros des uns ne sont pas forcément ceux des autres. Certains unissent, d’autres séparent. Par exemple, Superman, cet homme ordinaire à l’existence banale, qui se transforme en surhomme dans son costume moulant, transcende les différences culturelles, sociales et politiques ; comme Zinedine Zidane, qui incarne l’esprit sportif, ou Nelson Mandela, icône de l’affirmation des droits. À l’inverse, ma dernière enquête sur la radicalisation m’a permis d’observer qu’une part infime de la jeunesse valorisait des figures négatives. De toute évidence, les réseaux sociaux donnent accès à une grande diversité d’histoires et d’expériences mises en scène, démultipliant les possibilités d’identification.

L’engagement des militaires au service de la communauté nationale conserve-t-il une dimension héroïque spécifique ?

A.M. : Les récentes enquêtes démontrent que les Français sont conscients de l’engagement militaire, qu’ils associent au sacrifice suprême pour la défense de leur pays. Ainsi, quels que soient sa noblesse, son courage et son altruisme, le jeune homme qui a escaladé un immeuble pour sauver un enfant de la chute n’avait pas intériorisé le risque, contrairement à celui qui accepte de mourir pour protéger la communauté nationale de l’agression d’une puissance étrangère ou d’un groupe terroriste. C’est ce sacrifice suprême et lucide qui confère à l’acte héroïque militaire une valeur au-delà de tout autre.

Note (1) – La fabrique des héros, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris : 2015.

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